BAC — 2020 Serie A

Philo BAC 2020 Serie A

REPUBLIQUE DU NIGER

Ministere des Enseignements Secondaires

Office du Baccalaureat du Niger (OBN)

BACCALAUREAT - Session 2020

Epreuve de PHILOSOPHIE - Serie A4

Coefficient : 4 Duree : 4 heures Session 2020
Source : Office du Baccalaureat du Niger (OBEECS) - Session 2020
Le candidat traitera au choix l'un des trois sujets suivants.
Sujet 1 : Dissertation

Les passions sont-elles source de plaisir ?

Corrige detaille - Sujet 1

Analyse du sujet

Notions : Passion, plaisir, desir, bonheur, souffrance.

Problematique : Les passions, souvent associees a la souffrance et a la perte de controle, peuvent-elles neanmoins etre une source de plaisir ? Le plaisir des passions est-il un veritable plaisir ou une illusion ?


Introduction

Le mot "passion" vient du latin "passio" qui signifie "souffrance" (d'ou "la Passion du Christ"). Etymologiquement, la passion est donc ce que l'on subit, ce qui nous fait souffrir. Pourtant, dans le langage courant, on parle de "vivre sa passion" comme d'une source d'epanouissement et de joie intense. L'amoureux passionnel, le collectionneur passionne, l'artiste habite par sa passion semblent tirer de leurs passions un plaisir incomparable. Les passions sont-elles alors source de plaisir ou de souffrance ? Et si elles sont les deux a la fois, comment comprendre cette ambivalence ?


I. Les passions comme source de plaisir intense

A. L'intensite du vecu passionnel

La passion se caracterise par son intensite. L'amour passionnel, par exemple, procure des plaisirs d'une intensite que la simple affection ne peut atteindre : l'extase de la rencontre, l'ivresse de la presence de l'etre aime, la jouissance d'une communion totale. De meme, la passion pour un art, un sport, une cause donne a la vie une saveur, une couleur, une profondeur que l'existence sans passion ne connait pas. Le passionne vit plus intensement que le sage indifferent.

B. La passion comme moteur de l'action et de la creation

Hegel affirme que "rien de grand ne s'est fait dans le monde sans passion". La passion est la force motrice qui pousse les hommes a creer, a inventer, a se depasser. Le plaisir de la passion est le plaisir de l'accomplissement, de la realisation de soi. L'artiste passionne par son art, le scientifique devore par sa curiosite, l'entrepreneur anime par son projet trouvent dans leur passion un plaisir qui depasse la simple satisfaction physique : c'est le plaisir de donner sens a sa vie.

C. La passion comme experience de la totalite

La passion engage l'etre tout entier : corps et ame, raison et sensibilite. Elle offre l'experience rare de ne faire qu'un avec ce que l'on fait ou ce que l'on aime. C'est le "flow" dont parle la psychologie contemporaine : un etat de concentration et d'engagement total qui procure un plaisir profond. Spinoza distingue les "passions tristes" (qui diminuent notre puissance d'agir) des "passions joyeuses" (qui l'augmentent). Les passions joyeuses sont source d'un plaisir authentique car elles expriment notre nature et augmentent notre capacite d'exister.


II. Les passions comme source de souffrance

A. La passion comme perte de liberte

Les Stoiciens (Epictete, Marc-Aurele) considerent les passions comme des troubles de l'ame qui empechent l'ataraxie (tranquillite de l'ame). Le passionne est un esclave : esclave de l'objet de sa passion, esclave de ses desirs, incapable de maitriser ses emotions. L'amoureux passionnel souffre de jalousie, d'angoisse de la separation, de crainte de perdre l'etre aime. Le plaisir de la passion est un plaisir empoisonne, toujours menace par la souffrance.

B. La passion est insatiable

La passion se nourrit d'elle-meme et ne connait pas de satisfaction durable. Schopenhauer montre que le desir est un "manque" : il procure du plaisir quand il est satisfait, mais cette satisfaction est ephemere et le desir renait aussitot, plus imperieux. Le passionne oscille entre le manque douloureux et la satisfaction fugitive, sans jamais atteindre le repos. Le plaisir de la passion est un plaisir en fuite, toujours deja passe.

C. La passion aveugle

La passion altere le jugement. L'amoureux passionnel idealise l'etre aime et refuse de voir ses defauts. Le joueur passionne nie sa dependance. Pascal note que "le coeur a ses raisons que la raison ne connait point", mais ces "raisons" du coeur peuvent etre des illusions. Le plaisir de la passion est alors un plaisir illusoire, fonde sur une perception deformee de la realite.


III. Pour un usage eclaire des passions

A. Distinguer les passions

Toutes les passions ne se valent pas. Descartes, dans "Les Passions de l'ame", montre que les passions ne sont pas en elles-memes mauvaises : "elles sont toutes bonnes de leur nature, et nous n'avons rien a eviter que leurs mauvais usages ou leurs exces". Il y a des passions nobles (l'amour, la generosite, l'admiration) et des passions basses (l'envie, la haine, l'avarice). Les premieres sont source de plaisir authentique, les secondes de souffrance.

B. Transformer la passion en action

La passion devient source de plaisir durable quand elle est canalisee par la raison et transformee en action creative. L'artiste qui sublimise ses passions dans son oeuvre, le militant qui transforme son indignation en engagement, le sportif qui discipline sa passion dans l'entrainement : tous montrent que la passion, maitrisee sans etre etouffee, peut etre une source de plaisir profond et durable.

C. La joie comme passion active

Spinoza propose de depasser l'opposition entre passion et raison. La joie est une passion active : elle augmente notre puissance d'agir, notre capacite a comprendre et a creer. Le plaisir le plus authentique n'est pas celui de la passion subie (qui nous rend esclaves) mais celui de la passion agie (qui nous rend libres). C'est la beatitude : non pas l'extinction de toute passion (comme le preconisent les Stoiciens) mais la transformation des passions en puissance d'agir.


Conclusion

Les passions sont incontestablement source de plaisir, mais d'un plaisir ambivalent : intense mais fragile, exaltant mais dangereux. Le plaisir passionnel peut etre une jouissance illusoire qui masque la souffrance, ou un plaisir authentique qui exprime notre puissance d'exister. La sagesse n'est pas de supprimer les passions - ce serait supprimer la vie elle-meme - mais de les eclairer par la raison, de les orienter vers des objets dignes et de les transformer en force creeatrice. Car, comme le dit Spinoza, le souverain bien n'est pas l'absence de passion mais la "joie", c'est-a-dire la passion devenue active, consciente et libre.

Sujet 2 : Dissertation

Le droit decoule-t-il des rapports de force ?

Corrige detaille - Sujet 2

Analyse du sujet

Notions : Droit, force, justice, pouvoir, legitimite.

Problematique : Le droit est-il l'expression d'une justice superieure aux rapports de force, ou n'est-il que la codification des rapports de force existants au profit des plus puissants ?


Introduction

"La raison du plus fort est toujours la meilleure", ecrit La Fontaine dans "Le Loup et l'Agneau". Cette fable illustre une these inquietante : le droit ne serait qu'un masque pose sur les rapports de force, un habillage juridique de la domination. Pourtant, le droit se presente comme l'antithese de la force brute : il pretend substituer a la loi du plus fort la loi juste, egale pour tous. Le droit decoule-t-il reellement des rapports de force, ou est-il au contraire ce qui permet de les depasser ?


I. Le droit comme expression des rapports de force

A. La these realiste : le droit du plus fort

Pour Thrasymaque (dans la "Republique" de Platon), la justice est "l'interet du plus fort". Les lois sont faites par ceux qui detiennent le pouvoir, dans leur propre interet : les tyrans font des lois tyranniques, les democrates des lois democratiques, les aristocrates des lois aristocratiques. Le droit n'est donc que la codification juridique d'un rapport de force : le vainqueur impose ses lois au vaincu.

B. Marx : le droit comme instrument de domination de classe

Marx approfondit cette analyse en montrant que le droit est un element de la "superstructure" ideologique determinee par les rapports de production (infrastructure). Le droit de propriete, par exemple, protege la propriete privee des moyens de production au profit de la bourgeoisie. Le droit du travail, meme quand il semble proteger les travailleurs, encadre en realite l'exploitation. Le droit est l'instrument par lequel la classe dominante assure et perpetue sa domination.

C. L'evidence historique

L'histoire semble confirmer cette these. Le droit international s'est longtemps confondu avec le droit des vainqueurs : les traites de paix sont dictes par les vainqueurs aux vaincus. Le droit colonial a servi a legitimer la domination des puissances europeennes sur les peuples colonises. Le droit des femmes, le droit des travailleurs, le droit des minorites n'ont ete conquis que par des luttes de force (greves, revolutions, mouvements de liberation).


II. Le droit comme depassement de la force

A. Rousseau : la force ne fait pas le droit

Rousseau demontre dans "Du Contrat social" que "le plus fort n'est jamais assez fort pour etre toujours le maitre, s'il ne transforme sa force en droit et l'obeissance en devoir". La force, par nature instable, ne peut fonder un ordre durable. Le droit est necessaire precisement parce que la force seule ne suffit pas : il faut un principe de legitimite qui fasse que les hommes obeissent non par crainte mais par devoir. Le contrat social est ce passage de la force au droit : les hommes consentent librement a se soumettre a une loi commune.

B. Le droit naturel : une justice superieure

La tradition du droit naturel (de Ciceron a Locke en passant par saint Thomas d'Aquin) affirme l'existence de droits anterieurs et superieurs a tout droit positif : droits a la vie, a la liberte, a la propriete. Ces droits ne decoulent d'aucun rapport de force : ils sont inherents a la nature humaine et s'imposent a tout pouvoir. Les declarations des droits de l'homme (1789, 1948) proclament des droits universels et inalienables qui limitent la force du pouvoir.

C. Le droit comme regulateur des rapports de force

Kelsen montre que le droit est un systeme de normes qui encadre et limite l'usage de la force. L'Etat de droit se definit precisement comme un Etat ou la force est soumise au droit, et non l'inverse. La separation des pouvoirs (Montesquieu), l'independance de la justice, les garanties constitutionnelles sont des mecanismes par lesquels le droit domestique la force et la met au service de la justice.


III. Dialectique du droit et de la force

A. Le droit a besoin de la force

Pascal affirme : "La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique." Le droit, pour etre effectif, a besoin de la force publique (police, justice, armee) pour sanctionner les violations de la loi. Un droit sans force de contrainte n'est qu'un voeu pieux. Mais cette force n'est legitime que si elle est au service du droit : c'est le monopole de la violence legitime (Weber) qui definit l'Etat.

B. Le droit transforme les rapports de force

Le droit n'est pas un simple reflet des rapports de force : il les transforme. Le droit du travail, ne des luttes ouvrieres, a profondement modifie les rapports de force entre employeurs et salaries. Le droit de vote, conquis par les luttes democratiques, a transforme le rapport de force politique en donnant une voix a chaque citoyen. Le droit est un levier par lequel les domines peuvent modifier les rapports de force existants.

C. Le droit comme ideal regulateur

Le droit est un horizon vers lequel les societes tendent sans jamais l'atteindre parfaitement. Il y a toujours un ecart entre le droit tel qu'il est (droit positif, marque par les rapports de force) et le droit tel qu'il devrait etre (ideal de justice). C'est cet ecart qui fait du droit un ideal regulateur, un "devoir-etre" qui permet de critiquer et de reformer l'existant. La lutte pour le droit (Jhering) est une lutte permanente pour rapprocher le droit reel de l'ideal de justice.


Conclusion

Le droit entretient avec la force un rapport dialectique complexe. Historiquement, il est vrai que le droit a souvent ete l'expression des rapports de force existants, servant les interets des puissants. Cependant, reduire le droit a un pur rapport de force, c'est nier sa dimension normative et sa capacite a transformer les rapports sociaux. Le droit n'est pas seulement un produit de la force : il est aussi un instrument pour la domestiquer, la canaliser, la mettre au service de la justice. L'enjeu veritable n'est pas de savoir si le droit decoule de la force, mais de lutter pour que la force soit toujours davantage soumise au droit, et le droit toujours plus conforme a la justice.

Sujet 3 : Commentaire de texte

La fin de l'Etat n'est pas de faire passer les hommes de la condition d'etres raisonnables a celle de betes brutes ou d'automates, mais au contraire il est institue pour que leur ame et leur corps s'acquittent en surete de toutes leurs fonctions, pour qu'eux-memes usent d'une raison libre, pour qu'ils ne luttent point de haine, de colere ou de ruse, pour qu'ils se supportent mutuellement sans malveillance. La fin de l'Etat est donc en realite la liberte.

Pour former l'Etat, une seule chose est necessaire : que tout le pouvoir de decreter soit entre les mains de tous, ou de quelques-uns, ou d'un seul. Puisque, en effet, le libre jugement des hommes est extremement divers, que chacun pense etre seul a tout savoir et qu'il est impossible que tous opinient pareillement et parlent d'une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l'individu n'avait renonce a son droit d'agir suivant le seul decret de sa pensee. C'est donc seulement au droit d'agir par son propre decret qu'il a renonce, non au droit de raisonner et de juger.

SPINOZA, Traite theologico-politique (1670)

Questions :

  1. Degagez la these et la structure argumentative du texte.
  2. Expliquez : a) "La fin de l'Etat est donc en realite la liberte" ; b) "C'est donc seulement au droit d'agir par son propre decret qu'il a renonce, non au droit de raisonner et de juger".
  3. L'Etat est-il reellement le garant de la liberte ?

Corrige detaille - Sujet 3

1) These et structure argumentative

These : La finalite de l'Etat est la liberte, et non l'asservissement des individus. En entrant dans la societe politique, l'homme ne renonce qu'a son droit d'agir selon son propre caprice, mais il conserve entierement sa liberte de penser, de raisonner et de juger.

Structure :

  1. Premier paragraphe : Definition negative puis positive de la fin de l'Etat. L'Etat n'a pas pour but de reduire l'homme a l'etat de bete ou d'automate. Il est institue pour permettre aux hommes d'exercer leurs fonctions en surete, d'user de leur raison libre, et de vivre en paix. La fin de l'Etat est la liberte.
  2. Second paragraphe : Explication du mecanisme politique. Les hommes ont des jugements divers et ne peuvent naturellement s'accorder. Pour vivre en paix, ils renoncent a agir chacun selon son propre decret (transfert du droit d'action). Mais cette renonciation ne concerne que l'action, pas la pensee : chacun conserve le droit de raisonner et de juger librement.

2a) "La fin de l'Etat est donc en realite la liberte"

Spinoza s'oppose ici a la conception de l'Etat comme instrument de domination ou de soumission. Pour beaucoup, l'Etat est une contrainte qui limite la liberte : il impose des lois, des interdits, des obligations. Spinoza retourne cette perspective : l'Etat n'est pas l'ennemi de la liberte, il en est la condition.

Sans Etat, les hommes vivent dans un etat de nature ou regne la loi du plus fort. Chacun a le "droit naturel" de faire tout ce que sa puissance lui permet, mais ce droit est purement theorique car la peur, la violence et l'insecurite empechent chacun d'exercer reellement sa liberte. L'Etat, en etablissant des lois communes, cree les conditions de la securite necessaire a l'exercice reel de la liberte.

Le mot "en realite" est capital : il signifie que, contrairement aux apparences (l'Etat semble limiter la liberte), la verite profonde est que l'Etat la rend possible. La liberte dont parle Spinoza n'est pas la licence (faire n'importe quoi) mais l'usage de la raison : pouvoir penser, juger, raisonner librement, a l'abri de la violence et de la peur.


2b) "C'est donc seulement au droit d'agir par son propre decret qu'il a renonce, non au droit de raisonner et de juger"

Spinoza etablit ici une distinction fondamentale entre deux dimensions de la liberte :

  • La liberte d'action : C'est le droit d'agir selon sa propre volonte, sans contrainte exterieure. Ce droit est partiellement transfere a l'Etat : l'individu accepte de ne plus agir selon son seul bon plaisir, mais de se soumettre aux lois communes. C'est la condition de la vie en societe : si chacun agissait selon son propre decret, le chaos regnerait.
  • La liberte de pensee : C'est le droit de raisonner, de juger, d'avoir des opinions propres. Ce droit est inalienable : nul Etat ne peut le supprimer car nul ne peut forcer quelqu'un a penser autrement qu'il ne pense. Meme le tyran le plus puissant ne peut controler la pensee de ses sujets.

Cette distinction est revolutionnaire pour l'epoque de Spinoza (XVIIe siecle) : elle fonde la liberte d'expression et de conscience. L'Etat peut exiger l'obeissance aux lois, mais il ne peut exiger l'adhesion intellectuelle. Le citoyen obeit a la loi (action) mais peut la critiquer (pensee). C'est le fondement de la democratie liberale.


3) Discussion : L'Etat est-il reellement le garant de la liberte ?

Arguments en faveur de la these de Spinoza :

  • L'Etat de droit : Les democraties modernes confirment la these de Spinoza. La separation des pouvoirs, les droits fondamentaux, les libertes publiques (liberte d'expression, de conscience, de reunion) montrent que l'Etat peut etre organise pour garantir la liberte. La Constitution est le texte par lequel l'Etat s'auto-limite au service de la liberte.
  • L'alternative sans Etat : Les situations d'anarchie (guerres civiles, Etats defaillants) montrent que l'absence d'Etat ne produit pas la liberte mais la violence et la domination du plus fort. L'Etat, meme imparfait, est preferable a l'etat de nature.
  • Rousseau : "L'obeissance a la loi qu'on s'est prescrite est liberte." La loi democratique, issue de la volonte generale, n'est pas une contrainte exterieure mais l'expression de la liberte collective.

Objections et limites :

  • L'Etat totalitaire : L'histoire du XXe siecle montre que l'Etat peut etre le pire ennemi de la liberte. Les regimes totalitaires (nazisme, stalinisme) ont utilise l'appareil etatique pour ecraser les libertes individuelles, controler les pensees (propagande, censure) et eliminer les opposants. Hannah Arendt montre que le totalitarisme pretend meme controler la pensee des individus, contredisant la these de Spinoza selon laquelle la pensee est inalienable.
  • La critique anarchiste : Bakounine et Proudhon affirment que tout Etat, meme democratique, contient un germe de domination. La bureaucratie, la police, l'armee constituent des appareils de pouvoir qui tendent naturellement a s'accroitre aux depens de la liberte. "L'Etat, c'est la negation de l'humanite" (Bakounine).
  • La distinction fragile entre action et pensee : Spinoza suppose que l'Etat peut se contenter d'exiger l'obeissance sans toucher a la pensee. Mais en realite, la frontiere entre pensee et action est poreuse. L'expression publique d'une opinion est-elle une pensee ou une action ? La censure des opinions dissidentes montre que les Etats ne respectent pas toujours cette frontiere.
  • La liberte sans l'Etat : Les communautes traditionnelles africaines montrent que des formes d'organisation sociale non etatiques (palabres, conseils des anciens) peuvent garantir une certaine liberte sans passer par l'appareil etatique. L'Etat n'est pas le seul garant possible de la liberte.

Synthese :

L'Etat peut etre le garant de la liberte, mais il ne l'est pas necessairement. Tout depend de la forme de l'Etat et des mecanismes de controle democratique. Un Etat de droit, respectueux des libertes fondamentales, organise selon la separation des pouvoirs, peut effectivement realiser l'ideal de Spinoza : garantir la securite tout en preservant la liberte de pensee. Mais l'Etat sans controle democratique tend inevitablement vers l'abus de pouvoir et la negation de la liberte. La vigilance des citoyens est la condition permanente pour que l'Etat reste au service de la liberte et non l'inverse. Comme le dit Benjamin Constant : "La liberte des Modernes, c'est la jouissance paisible de l'independance privee", et c'est a l'Etat de la garantir sans jamais la confisquer.