BAC — 2020 Serie C/D

Philo BAC 2020 Serie C/D

REPUBLIQUE DU NIGER

Ministere des Enseignements Secondaires

Office du Baccalaureat du Niger (OBN)

BACCALAUREAT - Session 2020

Epreuve de PHILOSOPHIE - Serie C, D

Coefficient : 2 Duree : 4 heures Session 2020
Source : Office du Baccalaureat du Niger (OBEECS) - Session 2020
Le candidat traitera au choix l'un des trois sujets suivants.
Sujet 1 : Dissertation

Etes-vous d'accord avec Karl Marx qui affirme que "ce n'est pas la conscience des hommes qui determine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui determine leur conscience" ?

Corrige detaille - Sujet 1

Analyse du sujet

Notions : Conscience, existence, societe, determinisme.

These de Marx : Le materialisme historique postule que les conditions materielles d'existence (rapports de production, classe sociale, conditions economiques) determinent la conscience (idees, valeurs, representations mentales). C'est un renversement de l'idealisme hegelien.

Problematique : La conscience est-elle le produit de conditions sociales et materielles, ou bien est-elle autonome et capable de transcender les determinismes sociaux ?


Introduction

L'homme se definit communement comme un etre dote de conscience, capable de penser librement et de determiner ses propres choix. Pourtant, Karl Marx, dans sa "Contribution a la critique de l'economie politique" (1859), renverse cette perspective en affirmant que "ce n'est pas la conscience des hommes qui determine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui determine leur conscience". Cette these materialiste soutient que nos idees, nos valeurs, nos croyances sont le reflet de nos conditions materielles et sociales. Mais peut-on reduire la conscience humaine a un simple produit social ? La conscience n'a-t-elle pas une autonomie propre qui lui permet de depasser les conditions de son emergence ?


I. L'existence sociale determine la conscience (these marxiste)

A. Le materialisme historique

Pour Marx, l'infrastructure economique (les rapports de production, les forces productives) constitue la base reelle de la societe, sur laquelle s'eleve une superstructure juridique, politique, religieuse et ideologique. Les idees dominantes d'une epoque sont les idees de la classe dominante. Un ouvrier et un patron n'ont pas la meme "conscience" du monde parce qu'ils n'occupent pas la meme position dans les rapports de production.

B. L'ideologie comme "fausse conscience"

Marx montre que la conscience est souvent une "fausse conscience" : elle croit etre libre alors qu'elle est determinee par des conditions sociales. La religion, par exemple, est "l'opium du peuple" : elle console les opprimes en leur promettant un bonheur celeste, les detournant ainsi de la lutte pour changer leurs conditions reelles d'existence. L'ideologie masque les rapports de domination.

C. L'evidence sociologique

La sociologie confirme largement cette these. Bourdieu montre avec le concept d'habitus que nos gouts, nos pratiques, nos manieres de penser sont socialement conditionnes. Un enfant ne de milieu ouvrier et un enfant ne de milieu bourgeois n'auront pas les memes aspirations, les memes representations du monde, les memes valeurs, bien qu'ils possedent les memes capacites intellectuelles.


II. La conscience possede une autonomie relative

A. La conscience reflexive depasse le determinisme

Descartes montre avec le Cogito ("Je pense, donc je suis") que la conscience est une certitude premiere, irreductible aux conditions exterieures. La pensee peut se retourner sur elle-meme et examiner ses propres presupposes. C'est cette capacite reflexive qui permet a l'homme de prendre du recul par rapport a ses conditions d'existence et de les remettre en question.

B. La conscience comme projet (Sartre)

Pour Sartre, "l'existence precede l'essence" : l'homme n'est pas determine par une nature prealable. La conscience est liberte : elle est toujours au-dela d'elle-meme, en projet vers l'avenir. Meme dans les situations les plus contraignantes, l'homme conserve la liberte de donner un sens a sa situation. Le prisonnier, bien qu'enchaine, peut choisir comment il vit sa captivite. Sartre reproche a Marx de tomber dans le determinisme en niant la liberte fondamentale de la conscience.

C. Les contre-exemples historiques

L'histoire montre que des individus ont pu transcender leurs conditions sociales par la seule force de leur conscience : des fils de paysans sont devenus de grands penseurs, des esclaves se sont revoltes et ont libere leur peuple. Marx lui-meme, issu de la bourgeoisie, a elabore une theorie au service du proletariat. La conscience peut donc s'affranchir des determinations sociales.


III. Une dialectique entre conscience et existence sociale

A. La conscience est situee mais pas determinee

Merleau-Ponty propose une voie mediane : la conscience est toujours incarnee, situee dans un corps, une culture, une histoire. Elle n'est pas un pur esprit desincarme (contre l'idealisme) mais elle n'est pas non plus un simple reflet passif des conditions materielles (contre le materialisme mecanique). La conscience est un dialogue permanent avec le monde social.

B. La praxis : la conscience transforme l'existence

Marx lui-meme reconnaissait dans ses "Theses sur Feuerbach" que "les philosophes n'ont fait qu'interpreter le monde, il s'agit de le transformer". La praxis (action consciente et reflechie) est le lieu ou la conscience et l'existence sociale s'interpenetrent. La conscience, nee des conditions sociales, peut se retourner contre elles pour les transformer (revolution).

C. L'education et la culture comme liberation

L'education est l'exemple meme de cette dialectique : elle est un produit social (determinee par les conditions materielles d'une societe) mais elle est aussi l'instrument par lequel la conscience s'eleve au-dessus de ses determinations. Comme le dit Kant, "l'homme ne devient homme que par l'education". La conscience, formee socialement, peut aussi se former elle-meme.


Conclusion

La these de Marx a le merite de rappeler que la conscience n'est pas un empire dans un empire : elle est profondement marquee par les conditions sociales et materielles dans lesquelles elle emerge. Cependant, reduire la conscience a un simple reflet de l'existence sociale serait nier la dimension creeatrice et libre de la pensee humaine. En realite, conscience et existence sociale entretiennent un rapport dialectique : la conscience nait dans des conditions sociales, mais elle a le pouvoir de les penser, de les critiquer et de les transformer. C'est cette capacite de transcendance qui fait de l'homme un etre de liberte, meme dans les situations les plus determinees.

Sujet 2 : Dissertation

Quels risques court-on en disant toujours la verite ?

Corrige detaille - Sujet 2

Analyse du sujet

Notions : Verite, mensonge, morale, liberte, societe.

Presuppose : Le sujet presuppose que dire toujours la verite comporte des risques, ce qui est paradoxal puisque la verite est generalement consideree comme une valeur positive.

Problematique : La verite est-elle toujours bonne a dire ? Le devoir de verite peut-il entrer en conflit avec d'autres valeurs (paix sociale, respect d'autrui, prudence) ?


Introduction

"Toute verite n'est pas bonne a dire", affirme le proverbe populaire. Si la verite est universellement reconnue comme une valeur fondamentale - Platon en faisait l'objet supreme de la philosophie -, l'experience quotidienne nous confronte a des situations ou dire la verite semble dangereux, douloureux ou inopportun. Quels sont alors les risques que l'on court en disant toujours la verite ? Et ces risques suffisent-ils a justifier le mensonge ou le silence ?


I. Les risques reels de dire toujours la verite

A. Le risque de blesser autrui

Dire la verite peut causer une souffrance a celui qui la recoit. Le medecin qui annonce un diagnostic fatal, l'ami qui revele une trahison, le parent qui dit a son enfant la dure realite de la vie : autant de situations ou la verite blesse. Nietzsche souligne que "la verite est parfois comme une epee qui blesse celui qui la brandit autant que celui qu'elle frappe". Le respect de la sensibilite d'autrui peut sembler exiger le silence ou l'attenuation de la verite.

B. Le risque social : exclusion et conflit

Celui qui dit toujours la verite s'expose a l'hostilite sociale. Socrate, le "taon d'Athenes", questionnait sans relache ses concitoyens et leur montrait leur ignorance : il fut condamne a mort. Le lanceur d'alerte qui revele des verites derangeantes est souvent persecute. La societe fonctionne en partie sur des conventions, des non-dits, des politesses qui sont des mensonges socialement acceptes. Les briser, c'est risquer la marginalisation.

C. Le risque personnel : vulnerabilite et danger

Dire la verite, c'est aussi s'exposer soi-meme. Reveler ses faiblesses, ses erreurs, ses sentiments veritables nous rend vulnerables. Dans un contexte de conflit ou d'oppression, la verite peut mettre en danger la vie meme de celui qui la prononce. Le resistant qui dit la verite a l'occupant met en peril sa vie et celle de ses compagnons.


II. Le mensonge est pourtant un risque plus grand

A. Le devoir inconditionnel de verite (Kant)

Pour Kant, le mensonge est toujours moralement condamnable, meme lorsqu'il semble utile. Mentir, c'est utiliser autrui comme un moyen, c'est le priver de sa capacite de juger librement en lui presentant le faux comme le vrai. Le mensonge detruit la confiance, fondement de toute relation sociale, et porte atteinte a la dignite humaine. Les risques de la verite sont le prix a payer pour preserver l'humanite de l'homme.

B. Le mensonge engendre le mensonge

Un mensonge en appelle un autre pour se maintenir. Le menteur s'enferme dans une toile de plus en plus complexe et finit par se trahir. La verite, elle, possede une coherence interne qui la rend plus solide. Comme le dit Montaigne : "Si le mensonge, comme la verite, n'avait qu'un visage, nous serions en meilleurs termes". Le risque du mensonge est plus grand que celui de la verite, car il finit toujours par se retourner contre celui qui l'utilise.

C. La verite libere

"La verite vous rendra libres" (Evangile de Jean). La verite, meme douloureuse, permet d'agir en connaissance de cause. Le malade qui connait son diagnostic peut organiser sa vie en consequence. Le peuple qui connait la verite politique peut exercer sa souverainete. Le risque de la verite est un risque liberateur, tandis que le mensonge maintient dans l'ignorance et la servitude.


III. L'art de dire la verite : courage et prudence

A. La parrhesia : le courage de la verite

Foucault etudie la notion grecque de parrhesia (franc-parler) : dire la verite est un acte de courage qui engage celui qui parle. Le parrhesiaste prend un risque personnel pour dire ce qu'il croit etre vrai, meme face aux puissants. Cette vertu suppose a la fois la conviction de detenir une verite importante et le courage d'assumer les consequences de sa parole.

B. La prudence dans l'expression de la verite

Aristote place la prudence (phronesis) au sommet des vertus pratiques. Dire la verite ne signifie pas la dire de maniere brutale, en tout lieu et en tout temps. Il y a un art de dire la verite : choisir le moment opportun, adapter la forme au destinataire, preparer celui qui va la recevoir. Le medecin qui annonce une mauvaise nouvelle ne la dit pas de la meme maniere qu'un verdict de tribunal. La prudence n'est pas le mensonge : c'est le respect de la verite et de celui a qui on l'adresse.

C. La responsabilite du veridique

Dire la verite implique une responsabilite. Il ne suffit pas de "balancer" la verite et de se desinteresser de ses consequences. Celui qui dit la verite doit aussi accompagner l'autre dans la reception de cette verite, l'aider a la comprendre et a l'integrer. La verite n'est pas une arme mais un don qui exige de la delicatesse.


Conclusion

Dire toujours la verite comporte des risques reels : blesser autrui, s'exposer a l'hostilite sociale, se rendre vulnerable. Mais ces risques sont le prix de la dignite humaine et de la liberte. Le mensonge, en apparence plus confortable, est en realite un risque bien plus grand pour l'individu et pour la societe. La sagesse ne consiste pas a choisir entre verite et mensonge, mais a apprendre l'art de dire la verite avec courage et prudence, en respectant ceux a qui on s'adresse. Car, comme le disait Camus, "la verite est mysterieuse, fuyante, toujours a conquerir", mais c'est dans cette conquete que l'homme accomplit sa vocation de sujet libre et responsable.

Sujet 3 : Commentaire de texte

On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion ou par tout ce que l'on voudra. Eux-memes commencent a se distinguer des animaux des qu'ils commencent a produire leurs moyens d'existence, pas en avant qui est conditionne par leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens d'existence, les hommes produisent indirectement leur vie materielle elle-meme.

La facon dont les hommes produisent leurs moyens d'existence depend d'abord de la nature des moyens d'existence qu'ils trouvent tout faits et qu'il leur faut reproduire. Il ne faut pas considerer ce mode de production de ce seul point de vue, a savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il represente bien plutot deja un mode determine de l'activite de ces individus, une facon determinee de manifester leur vie, un mode de vie determine. La facon dont les individus manifestent leur vie reflete tres exactement ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont coincide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu'ils produisent qu'avec la facon dont ils produisent. Ce que sont les individus depend donc des conditions materielles de leur production.

Karl MARX, L'Ideologie allemande (1845-1846)

Questions :

  1. Degagez la these et la structure argumentative du texte.
  2. Expliquez : a) "Eux-memes commencent a se distinguer des animaux des qu'ils commencent a produire leurs moyens d'existence" ; b) "Ce que sont les individus depend donc des conditions materielles de leur production".
  3. La production materielle definit-elle entierement l'homme ?

Corrige detaille - Sujet 3

1) These et structure argumentative

These principale : Ce qui distingue fondamentalement l'homme de l'animal, ce n'est ni la conscience ni la religion, mais la production des moyens d'existence. L'homme est essentiellement un etre producteur, et ce qu'il est (son identite, sa conscience, son mode de vie) est determine par les conditions materielles de sa production.

Structure argumentative :

  1. Premier moment (rejet des criteres traditionnels) : Marx ecarte les criteres classiques de distinction homme/animal (conscience, religion) pour proposer un critere materialiste : la production des moyens d'existence.
  2. Deuxieme moment (la production comme fait fondamental) : En produisant leurs moyens d'existence, les hommes produisent leur vie materielle. La production n'est pas un simple acte de survie biologique.
  3. Troisieme moment (le mode de production determine l'etre) : Le mode de production n'est pas seulement un moyen de subsistance, c'est un "mode de vie determine" qui revele ce que les hommes sont. L'etre de l'homme se definit par ce qu'il produit et comment il le produit.
  4. Conclusion : "Ce que sont les individus depend donc des conditions materielles de leur production" - les conditions materielles sont le fondement de l'identite humaine.

2a) Explication : "Eux-memes commencent a se distinguer des animaux des qu'ils commencent a produire leurs moyens d'existence"

Marx affirme ici que le critere decisif de distinction entre l'homme et l'animal n'est pas une faculte abstraite (conscience, raison, langage) mais une activite concrete : la production.

L'animal se contente de prelever dans la nature ce dont il a besoin pour survivre (cueillir, chasser, se nourrir directement). L'homme, en revanche, transforme la nature pour produire ses moyens d'existence : il cultive, il fabrique des outils, il construit des habitations. Cette activite productrice est "conditionnee par leur organisation corporelle" (la station debout, la main prehensile, le cerveau developpe), mais elle va au-dela de la simple adaptation biologique.

Le verbe "commencer" est important : c'est au moment ou l'homme commence a produire qu'il cesse d'etre un simple animal. La production est le seuil anthropologique, le geste fondateur de l'humanite. Ce n'est pas la pensee qui fait l'homme, c'est le travail.


2b) Explication : "Ce que sont les individus depend donc des conditions materielles de leur production"

Cette phrase resume la these centrale du materialisme historique de Marx. Elle signifie que l'identite des individus (leurs idees, leurs valeurs, leur culture, leur conscience) n'est pas le produit d'un choix libre et autonome, mais le resultat des conditions materielles dans lesquelles ils produisent.

Les "conditions materielles de la production" designent :

  • Les forces productives : outils, techniques, savoir-faire, matieres premieres disponibles.
  • Les rapports de production : les relations sociales nouees dans le processus de production (qui possede les moyens de production ? qui travaille pour qui ?).

Ainsi, un serf medieval, un ouvrier du XIXe siecle et un cadre du XXIe siecle n'ont pas la meme identite, non pas parce qu'ils pensent differemment en vertu d'un libre arbitre, mais parce que les conditions materielles de leur production sont differentes. C'est la base materielle qui determine la conscience, et non l'inverse.

Le mot "depend" indique une relation de determination : les conditions materielles sont la cause, l'identite des individus est l'effet. C'est un renversement de l'idealisme qui voit dans les idees le moteur de l'histoire.


3) Discussion : La production materielle definit-elle entierement l'homme ?

Arguments en faveur de la these de Marx :

  • La sociologie contemporaine (Bourdieu, Durkheim) confirme que les conditions sociales et materielles influencent profondement les mentalites, les gouts, les aspirations des individus.
  • L'anthropologie montre que les societes se definissent largement par leur mode de production (societes de chasseurs-cueilleurs, societes agraires, societes industrielles).
  • L'histoire economique montre que les grands changements de civilisation (revolution neolithique, revolution industrielle) sont des changements dans le mode de production.

Limites et objections :

  • La dimension spirituelle : L'homme n'est pas seulement un etre producteur. Il est aussi un etre qui pense, qui cree de l'art, qui cherche du sens, qui prie. Pascal rappelle que "l'homme est un roseau pensant" : sa grandeur tient a sa conscience, pas a sa force productive. La religion, la philosophie, l'art ne sont pas de simples "reflets" des conditions materielles.
  • La liberte et la creativite : Sartre objecte que l'homme est fondamentalement libre : il peut toujours donner un sens nouveau a sa situation, la depasser par la conscience et l'action. Le revolutionnaire qui se revolte contre ses conditions d'existence prouve que la conscience peut transcender les determinations materielles.
  • L'irreductibilite de la conscience : Descartes montre que le Cogito est une evidence premiere qui ne depend d'aucune condition materielle. La conscience a une autonomie propre, irreductible aux conditions de production.
  • Les dimensions culturelles et symboliques : Levi-Strauss montre que l'homme est aussi un etre de langage et de symboles. Les mythes, les rites, les systemes de parente ne se reduisent pas a des rapports de production. Il y a une logique du symbolique qui a son autonomie propre.

Synthese :

La production materielle est une dimension essentielle de l'humanite, et Marx a raison de souligner son importance souvent negligee par la philosophie traditionnelle. Cependant, reduire l'homme a sa dimension productrice, c'est ignorer les dimensions spirituelle, artistique, affective, symbolique de son existence. L'homme est un etre total : producteur, certes, mais aussi penseur, createur, aimant. Sa production materielle conditionne largement son existence, mais elle ne la definit pas entierement. La grandeur de l'homme est precisement de pouvoir, par la conscience et la liberte, depasser les conditions de son existence pour creer du sens, de la beaute et de la justice.